Homélie 2026-09-20 – Père Bogdan
283. Ez 18, 25-28, XXVI Dimanche du Temps Ordinaire, A, Réflexion 2026*
Sœurs et Frères
Je vous avais dit, à plusieurs reprises, que mes réflexions dominicales porteraient désormais sur la deuxième lecture … sauf exception¹. Mais j’ignorais que, parfois, les exceptions se manifestent plus vite que prévu. J’ai, en effet, découvert que je n’avais pas encore commenté le texte de la première lecture, tiré du livre du prophète Ézékiel (ou Ézéchiel selon les graphies). Peut-être étais-je en vacances… cela arrive même aux curés. Donc pour « rattraper le temps perdu » je vais me pencher aujourd’hui sur ce beau texte de l’Ancien Testament.
Juste un rappel : ce grand prophète, déporté à Babylone en 597 av. J.-C. avec ses compatriotes par les armées de Nabucodonosor II, évoque dans son livre plusieurs visions concernant Israël, et notamment celle du nouveau Temple de Jérusalem. Ainsi, Ézéchiel écrit son texte du point de vue de l’exilé qui s’intéresse essentiellement au renouveau d’Israël et du Temple – cœur de la vie religieuse pour chaque Juif. Jérusalem avait été détruite, et son Temple saccagé par les païens. Et pourtant, le Prophète prédit le renouvellement et la transformation d’Israël. Comment et pourquoi ?
Pour répondre à ces questions, et après ce bref rappel historique, concentrons-nous à présent sur notre récit. Franchement c’est un vrai « bijou » ! Il faut avant tout bien comprendre que les paroles du prophète, à propos des actes que pose chaque individu – « Si le juste se détourne de la justice, commet le mal (…) il mourra », « Si le méchant se détourne de sa méchanceté (…) il sauvera sa vie » – ces paroles, qui nous paraissent aujourd’hui évidentes, étaient d’une parfaite nouveauté pour les Israélites de l’époque. Pendant des siècles en Israël, seule la responsabilité collective avait cours. Dieu était Celui qui punissait ou récompensait non seulement l’auteur d’un acte, mais aussi ses descendants et ses proches (cf. Ex 20,5 et suiv.; 34,6-7; Dt 5,9-10). D’ailleurs, au début du chapitre 18 – celui de notre récit – un ancien dicton exprime très justement cette mentalité des Israélites, en rappelant que les descendants souffrent à cause des fautes de leurs pères : « Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont irritées » (Ez 18,2).
Reconnaissons que cela n’est pas faux : le péché, le mal commis par les membres de notre famille, par nos compatriotes, peut impacter notre propre vie. Mais ici, dans ce chapitre 18, le Prophète développe l’idée de responsabilité individuelle. « L’individu est désormais désolidarisé du destin de la communauté ; il est totalement et seul responsable de son propre destin »². Ce qui est une bonne nouvelle pour chaque individu à qui elle ouvre un chemin de libération. Parce que « tout est dans nos mains ». Autrement dit personne ne détermine mes choix que moi-même. Un exemple – qui n’est pas parfait… Supposons quelqu’un dont l’un des parents est alcoolique. Certes, cette situation peut perturber sa vie d’enfant. Mais il peut aussi, devenu adulte, faire le choix d’une psychothérapie par exemple, afin d’échapper au déterminisme familial, même s’il en reste affecté. Ainsi il se détournera (en hébreu, cela veut dire « faire demi-tour ») du « mal » qui a gâché la vie de l’un de ses parents et qui pouvait gâcher la sienne.
Ici, quelqu’un de très attentif à la lecture de ma modeste réflexion, pourrait me dire : « Bogdan pour tout cela, nous n’avons pas besoin Dieu, la science peut de nos jours nous aider.» Merci pour cette remarque… Cependant pour nous les chrétiens, il ne s’agit pas d’opérer seulement un « demi-tour » pour échapper à ce qui est mauvais. Pour nous il s’agit, avant tout, de faire ce « demi-tour » pour nous tourner vers Dieu. Dieu qui veut toujours nous diriger vers la vie et non vers la mort spirituelle³. Ce qui, bien évidemment, ne nous empêche pas de profiter de toutes les avancées de la médecine et de la psychologie. Pour nous les chrétiens, la guérison, l’accès à la plénitude de notre propre vie, ce n’est pas seulement d’essayer de se détourner du mal. Ce qui est essentiel, c’est se tourner vers Dieu et son Fils Unique, en Qui nous sommes enracinés par sa Création et par son Amour. C’est l’amour de Dieu qui nous a créés. Amen !
Bien à vous mes chers Lecteurs fidèles au poste – et à tous les nouveaux adhérents de mes modestes réflexions – sourire.
Bon Dimanche à chacune et chacun de vous
votre frère, Bogdan
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¹Il me semble vous avoir commenté presque toutes les premières lectures et les évangiles du cycle dominical A, B, C, qui est le système de rotation sur trois ans des années liturgiques. Donc, sans exception, je me pencherai désormais, pour le dimanche, sur la deuxième lecture de la Parole de Dieu tirée du Nouveau Testament.
²« La prédication des prophètes s’adressait à la communauté d’Israël tout entière dont elle jugeait le comportement et envisageait le destin ; elle était d’ailleurs le reflet d’une mentalité générale très attentive aux multiples liens de solidarité qui font d’un ensemble d’individus une communauté marquée du même avenir (voir chapitres 16 ; 20; 23). Cependant les prêtres qui réglaient la participation au culte se montraient, depuis longtemps, attentifs aux comportements individuels. C’est avec Jérémie (Jr 31,30) que cet individualisme religieux pénètre l’enseignement prophétique. Ezéchiel développe longuement le nouveau dogme de la responsabilité personnelle. L’individu est désormais désolidarisé du destin de la communauté ; il est totalement et seul responsable de son propre destin. Ces affirmations nouvelles, indices de progrès importants, n’allaient pas sans soulever de nouvelles difficultés qui apparurent à la longue et dont un livre comme celui de Job s’est fait l’écho pathétique. » Selon la note pour Ez 18,4 de la TOB – Traduction œcuménique de la Bible, édition du Cerf 2012.
³Un texte tiré du même chapitre que notre lecture, nous prouve que se tourner vers Dieu, nous permet, très pratiquement, de nous détourner de ce que pourrait blesser autrui : « L’homme qui est juste, qui observe le droit et la justice, qui ne va pas aux festins sur les montagnes, ne lève pas les yeux vers les idoles immondes de la maison d’Israël, ne rend pas impure la femme de son prochain, ne s’approche pas d’une femme en état de souillure ; l’homme qui n’exploite personne, qui restitue ce qu’on lui a laissé en gage, ne commet pas de fraude, donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu ; l’homme qui ne prête pas à intérêt, ne pratique pas l’usure, qui détourne sa main du mal, tranche équitablement entre deux adversaires, qui marche selon mes décrets et observe mes ordonnances pour agir avec vérité : un tel homme est juste, c’est certain, il vivra, – oracle du Seigneur Dieu. » (Ez 18,5-6).
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*À tous ceux qui lisent ma réflexion pour la première fois, je voulais préciser qu’il s’agit d’une base destinée à la propre réflexion de chacun sur la Parole de Dieu ; cette Parole que rien ne peut remplacer.
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